Actes du Congrès National de la Société Française de Psychologie

Corpus:
Scientext 2010 (E)
Nom de fichier:
Actes du Congrès National de la Société Française de Psychologie
Contact:
Agnès TUTIN et Francis GROSSMANN
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Annotation automatique
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
scientifique
Sous-type de texte:
actes congrès
Modalité:
écrit
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Texte:
Synchronisation motrice à un tempo auditif chez le nourrisson Joëlle PROVASI Laboratoire de Psycho-Biologie du Développement , EPHE , 41 rue Gay-Lussac , 75005 Paris Joelle.provasi@ephe.sorbonne.fr Anne BOBIN-BEGUE Laboratoire de Psycho-Biologie du Développement , EPHE , 41 rue Gay-Lussac , 75005 Paris anne.begue@gmail.com Domaine : Développement RÉSUMÉ Les durées de moins d' une seconde sont impliquées dans un grand nombre d' activités , comme la musique et la production de rythmes . Etre synchronisé avec son environnement est vital pour le développement cognitif , émotionnel et sensori-moteur du jeune enfant . Le but de cette étude est d' explorer le traitement temporel des durées courtes au cours du développement . Par une procédure adaptée aux jeunes enfants , nous avons analysé le tempo moteur spontané ( TMS ) et la synchronisation rythmique chez les nouveau -nés , les nourrissons et les très jeunes enfants . Les résultats révèlent que les enfants sont capables d' adapter leur réponse motrice à un tempo auditif . Cependant , le type de modification dépend de l' âge et de la nature des informations temporelles présentes dans l' environnement ( fréquence du tempo , variation de fréquence par rapport au tempo de base , etc .... ) . Les résultats sont interprétés en fonction des modèles développementaux d' horloge interne . MOTS-CLÉS : Développement , Tempo Moteur Spontané ( TMS ) , production d' intervalles , tâche de synchronisation , tempo auditif 1 INTRODUCTION La dimension temporelle est fondamentale dans la vie des organismes vivants . De nombreuses activités du jeune enfant sont rythmiques , comme par exemple la succion , le pédalage , les comptines , les échanges vocaux , les interactions sociales ... La perception des aspects temporels de l' environnement et l' organisation temporelle des actions de l' enfant jouent un rôle critique dans son développement sensori-moteur , émotionnel , social et cognitif . L' enfant doit donc , très tôt , acquérir cette capacité à percevoir , s' adapter et se synchroniser aux différents rythmes de son environnement . Un tempo est un rythme particulier caractérisé par une séquence isochrone d' intervalles temporels compris entre 200 ms et 1500 ms ( 1 , 5 secondes ) d' après la définition de Fraisse ( 1974 ) . En effet , d' après cet auteur , 200 ms est la limite d' induction du mouvement ( quel qu' il soit ) et au-delà de 1500 ms , les événements sont perçus comme étant isolés et non reliés les uns aux autres . Le traitement temporel de ces durées courtes a été bien étudié chez l' adulte : il s' agit d' un système central d' horloge interne qui repose sur une base de temps autonome . Ce système est ainsi commun aux tâches de perception et de production . Pour étudier le traitement des durées courtes , c' est-à-dire le traitement des intervalles temporels , l' outil expérimental privilégié est le tempo auditif . Un tempo de 600 ms est un son qui survient toutes les 600 ms. Le tempo auditif permet un traitement temporel optimal . En effet , la durée d' un intervalle est perçue plus précisément s' il est présenté plusieurs fois plutôt qu' une seule fois ( Drake Miller Tse Penney & Tourret , 2005 ) . Le modèle psychologique de traitement temporel auquel nous faisons référence est celui de l' attention dynamique de Jones ( Jones , 1976 ; Jones Drake , Jones , & Baruch , 2000 ) . Ce modèle rend compte de la façon dont nous percevons dynamiquement les rythmes . Les séquences rythmiques sont considérées comme pouvant être décomposées en différents niveaux hiérarchiques de régularité temporelle par rapport à un niveau privilégié de traitement . Chaque individu possède en effet un niveau privilégié de traitement qui est sa période de référence . Ce modèle explique comment se construit l' attention sélective du sujet : Spontanément l' attention se focalise sur les événements qui se produisent à une période proche de la période de référence de l' auditeur . Cette période de référence peut être mise en évidence par une tâche motrice bien connue depuis Fraisse ( 1974 ) : le Tempo Moteur Spontané ( noté TMS ) . La tâche consiste à demander au sujet de taper au tempo qui lui est le plus confortable , sans consigne temporelle . Chez l' adulte , la valeur individuelle du TMS est en moyenne 600 ms avec une grande variabilité entre les individus , pouvant se situer entre 300 ms et 800 ms. Le TMS a pu être observé chez l' enfant , dès 2 ans et demi ( Provasi & Bobin-Bègue , 2003 ) . Sa valeur ( autour de 400 ms ) est plus rapide que celle de l' adulte . Aucune étude n' a été menée pour mesurer le TMS avant 2 ans & 194;& 189;. Pourtant , compte tenu de l' importance des comportements rythmiques observés dès la naissance , nous pensons que le TMS est mesurable et faisons donc l' hypothèse que la période de référence existe dès la naissance . Les hypothèses avancées par le modèle de Jones ( 1976 ) sont de 5 ordres . La première hypothèse concerne le seuil optimal de discrimination . Selon ce modèle , le traitement temporel est optimal quand les tempos à discriminer sont proches de la période de référence ( c' est-à-dire lorsque les tempos à discriminer sont proches de 600 ms chez la plupart des adultes ) . Chez l' adulte bien entraîné , ce seuil optimal est de 3 % ( Drake & Botte , 1993 ) . La seconde hypothèse est que la précision du traitement temporel augmente avec l' âge ce qui veut dire que le seuil optimal de discrimination diminue avec l' âge . Il a été ainsi montré que ce seuil optimal se situe entre 15 % et 20 % chez l' enfant de 3 ans ( Bobin-Bègue & Provasi , 2005 ) , alors que les tempos à discriminer étaient proches de 600 ms ( qui n' est pas la période de référence à cet âge ) . La troisième hypothèse est que la période de référence ralentit avec l' âge . Elle serait inférieure à 500 ms chez l' enfant , autour de 600 ms chez l' adulte et supérieure à 700 ms chez la personne âgée ( Drake Fraisse , Chambron , Jacquet , Gérard , & Pouthas , 1994 ; McAuley , Jones , Holub , Johnston , Provasi Vanneste , Pouthas , & Wearden , 2001 ) . Si , comme nous le supposons , la période de référence existe dès la naissance et qu' elle ralentit avec l' âge , comme le postule le modèle de Jones ( 1976 ) , alors on peut supposer que pour déterminer le seuil optimal de discrimination de tempo , il faudra proposer des tempos à discriminer proches de leur période de référence . La procédure nécessitera donc de mesurer au préalable le TMS de chaque enfant ( compte tenu de la variabilité inter-individuelle ) puis de proposer une tâche de synchronisation à des tempos s' éloignant progressivement de la période de référence propre à chaque enfant . Si ce dernier parvient à se synchroniser avec un tempo différent de son propre tempo ( jusqu'à un certain seuil ) , c' est que son système de traitement des intervalles est capable de traiter cette différence . Nous pensons , au vu des données de la littérature et de la seconde hypothèse mentionnée , que ce seuil sera supérieur à 3 % et inférieur à 20 % . La quatrième hypothèse avancée par ce modèle est que l' étendue des tempos accessibles au traitement augmente avec l' âge . Le système de traitement temporel passerait d' un oscillateur à plusieurs ( Drake & al. , 2000 ) . Ainsi , il est donc d' autant plus important d' être proche de la période de référence , donc du TMS , que l' enfant est jeune , lorsqu' il doit discriminer des tempos . La dernière hypothèse concerne la variabilité intra-individuelle : quand on demande au sujet de taper régulièrement , le tempo est moins variable chez l' adulte que chez l' enfant ( Provasi & Bobin-Bègue , 2003 ) . Nous souhaitons vérifier cette hypothèse chez le tout jeune enfant , lors de la mesure du TMS . Les données de la littérature suggèrent des hypothèses complémentaires à ce modèle . Ainsi , elles révèlent que le seuil de discrimination est meilleur lorsqu' il s' agit de discriminer un tempo plus rapide ( en comparaison au tempo standard ) que lorsqu' il s' agit de discriminer un tempo plus lent ( en comparaison au tempo standard ; Drake & Botte , 1993 ) . Les mêmes observations ont été faites pour des tâches de production : accélérer un rythme moteur est plus facile que de le ralentir ( Provasi & Bobin-Bègue , 2003 ) . Nous pensons que cette asymétrie dans le traitement est observable aussi dès la naissance . Enfin , les données de la littérature rapportent que , lorsqu' un sujet doit synchroniser son comportement moteur à un tempo auditif , ce dernier a , en retour , un effet sur la période de référence du sujet . Autrement dit , le système de traitement temporel peut être modifié , perturbé , par un tempo différent du TMS ( Penton-Voak , Edwards , Percival , & Wearden , 1996 ) . Si le système est fonctionnel dès la naissance comme nous le pensons , alors , nous faisons l' hypothèse qu' après une phase de traitement d' un tempo auditif différent de la période de référence , cette période de référence , mesurée au cours d' une nouvelle phase de TMS , sera modifiée . Une fois ce modèle et ses prédictions considérés , et en accord avec les données antérieures de la littérature , les hypothèses avancées par notre étude sont les suivantes : 1 . Le tempo moteur spontané existe dès la naissance ; 2 . Le traitement temporel est possible dès cet âge précoce ; 3 . Le seuil de discrimination optimal est compris entre 3 % et 20 % chez le jeune enfant ; 4 . L' accélération d' un comportement moteur est plus facile à obtenir que le ralentissement chez le tout jeune enfant ; 5 . Et enfin , la période de référence est modifiable , à plus ou moins long terme , par les stimulations de l' environnement . 2 SYNCHRONISATION DE L' ACTIVITÉ DE SUCCION CHEZ LE NOURRISSON Lors de cette étude , nous avons étudié la capacité des nouveau -nés et des nourrissons de 2 mois à synchroniser leur activité de succion à un tempo auditif . Les données étant déjà publiées ( Bobin-Bègue , Provasi , Marks , & Pouthas , 2006 ) , nous résumerons simplement les principaux résultats . 2.1 Procédure Nous avons enregistré l' activité de succion non nutritive de 48 nouveau -nés ( âge : 75 heures ; SD : 15 heures ) et de 18 nourrissons de 2 mois ( âge : 63 jours ; SD : 5.5 jours ) . Nous avons ainsi calculé le tempo moteur spontané propre à chaque participant . Puis , lors d' une deuxième phase ( S0 ) , nous avons enregistré le comportement de succion pendant que l' enfant entendait un tempo auditif identique au tempo moteur enregistré lors de la première phase . Cette phase permettait de connaître l' effet possible de la stimulation auditive . La phase de synchronisation ( S15 ) permettait d' enregistrer l' activité de succion pendant que l' enfant entendait une stimulation auditive dont le tempo était , en fonction du groupe , soit 15 % plus rapide ( groupe Accéléré noté A ) , soit 15 % plus lent ( groupe Décéléré , noté D ) que l' activité de succion spontanée . Et , au cours d' une dernière phase , l' activité de succion a de nouveau été enregistrée sans stimulation extérieure . Nous considérons que la succion est synchronisée si elle apparaît dans une fenêtre temporelle spécifique : pendant la stimulation ou juste avant , dans la limite de 15 % de la durée de l' intervalle . Les analyses statistiques que nous avons utilisées pour cette expérience reposent sur la médiane des Intervalles Inter Réponse ( IRI ) et le coefficient de variabilité ( ( Q3-Q1 ) x 100 / médiane IRI ) calculé à partir des indices de dispersion que sont les intervalles inter quartiles Q1 et Q3 . 2.2 Résultats Figure 1 . Médiane réduite des IRI au cours des 4 phases expérimentales La figure 1 représente l' évolution de la médiane réduite au cours des 4 phases expérimentales . Pour les nouveau -nés , le rythme de succion ( m = 546 ms , SD = 78 , 48 ms lors du TMS1 ) s' accélère au cours de la séance , même pour le groupe entendant un tempo plus lent que leur tempo moteur spontané . C' est seulement à 2 mois ( m = 493 ms , SD = 69 , 83 ms lors du TMS1 ) que l' on observe un ralentissement du rythme de succion quand la stimulation devient plus lente que le tempo moteur spontané ( S15 , groupe D ) , par rapport à l' activité de succion que les sujets avaient lorsqu' ils entendaient leur propre tempo . Ces résultats suggèrent que la capacité de ralentir un rythme endogène émerge plus tardivement au cours du développement . De plus , les enfants de 2 mois ont spontanément un comportement de succion plus variable que les nouveau -nés ( voir figure 2 ) . Par contre , dès que la stimulation devient plus rapide ( groupes A ) que le Tempo Moteur Spontané , l' activité de succion des enfants de 2 mois devient beaucoup plus régulière et elle le reste ensuite , lorsque la stimulation auditive est interrompue . Lorsque la stimulation auditive devient plus lente que le TMS ( groupe D ) , l' activité de succion des nourrissons de 2 mois est nettement plus variable que celle des enfants du groupe A , pour lequel la stimulation auditive est 15 % plus rapide que le TMS initial . Ceci est également vrai lorsque la stimulation s' interrompt . Figure 2 . Coefficient de variabilité au cours des 4 phases expérimentales Les enfants de 2 mois ont une activité de succion mieux synchronisée à la stimulation auditive qu' à la naissance ( voir figure 3 ) . Le pourcentage de succion qui survient dans la fenêtre temporelle de synchronisation décrit plus haut a été testé par rapport au hasard : il est significativement au-dessus du niveau de la chance ( excepté pour le groupe nouveau -né quand la stimulation devient 15 % plus lente ) . Quand la stimulation est modifiée de 15 % par rapport au TMS , le pourcentage de succion synchronisée du groupe Accélération est plus important que le pourcentage de succion synchronisé du groupe Décélération . Ce qui n' était pas le cas quand la stimulation auditive était calquée sur le TMS initial . Figure 3 . Pourcentage de succion synchronisée au cours des 4 phases expérimentales 2.3 Discussion Le Tempo Moteur Spontané existe dès la naissance . L' activité motrice des nourrissons de 2 mois est mieux synchronisée à la stimulation rythmique que celle des nouveau -nés . Le traitement temporel est donc présent dès le plus jeune âge et il s' améliore au cours des premiers mois du développement . Le tempo auditif externe perturbe le fonctionnement de l' horloge interne . Nos résultats confirment les interprétations déjà formulées : Quand la stimulation est plus lente que le Tempo Moteur Spontané , la stimulation augmente la variabilité de l' horloge , quand la stimulation est plus rapide que le Tempo Moteur Spontané , la stimulation accélère le rythme de l' horloge ( Burle & Casini , 2001 ) . Enfin , l' accélération du tempo d' un comportement moteur est plus facile à réaliser que son ralentissement . Une des interprétations possibles peut être la difficulté d' inhiber un comportement moteur ( Hulsebus , 1973 ) . Qu' en est -il pour des enfants plus âgés ? Les résultats des nouveau -nés et des nourrissons de 2 mois peuvent être comparés à ceux obtenus dans une deuxième expérience , réalisée chez des enfants plus âgés , basée sur la même procédure mais une autre réponse motrice : la frappe manuelle . 3 SYNCHRONISATION DE L' ACTIVITÉ DE FRAPPE MANUELLE CHEZ L' ENFANT ÂGÉ ENTRE 1 ET 3 ANS Ces données étant déjà publiées ( Bobin-Bègue & Provasi , 2007 ) , nous résumerons simplement les principaux résultats . 3.1 Procédure Les frappes manuelles de 23 enfants de 1 an ( âge : 1.57 an ; SD : 0.11 an ) , 26 enfants de 2 ans ( âge : 2.36 ans ; SD : 0.17 an ) et 36 enfants de 3 ans ( âge : 3.52 ans ; SD : 0.21 an ) ont été enregistrées au moyen d' un capteur de pression situé sous une plaque de plexiglas fixée sur un écran d' ordinateur . Suivant les phases , l' enfant peut entendre le cri d' un animal et voir l' animal correspondant à son cri . La procédure était analogue à celle de l' expérience I : Phase 1 : Enregistrement du Tempo Moteur Spontané initial . Ici , chaque appui sur l' écran fait apparaître l' image d' un animal au centre de l' écran associé à son cri . A l' issue de cette phase , l' ordinateur calculait le TMS initial . Phase 2 : La phase de synchronisation était composée de 11 essais de 30 stimulations auditives allant de 0 % à 50 % de différence ( par incrément de 5 % ) par rapport au TMS de l' enfant . La stimulation auditive était soit accélérée soit décélérée en fonction de la séance . Chaque enfant passait les 2 séances . Phase 3 : Enregistrement du Tempo Moteur Spontané final . Pendant la phase de synchronisation , l' enfant entendait le tempo auditif ( le cri de l' animal ) mais il ne voyait l' animal que si sa frappe était synchronisée avec le son . Autrement dit , le renforcement visuel dépendait de l' occurrence de la réponse . Comme pour l' expérience I , nous considérons qu' une frappe est synchronisée si elle survient dans une fenêtre temporelle spécifique : pendant la stimulation ou juste avant , dans la limite de 15 % de l' intervalle inter stimulation . Les analyses statistiques sont identiques à celles utilisées lors de la première expérience : la médiane des Intervalle Inter Réponse et le coefficient de variabilité calculé à partir de Q1 et Q3 . 3.2 Résultats et discussion Le TMS a été mesuré pour ces 3 groupes d' âge et se situe autour de 470 ms , sans être significativement différent . Les résultats de la phase de synchronisation montrent que les enfants de 1 à 3 ans sont capables de réaliser des traitements temporels . Ainsi , en ce qui concerne la séance A où la stimulation devenait plus rapide que le TMS , seuls les enfants de 3 ans accélèrent leur rythme de frappe à partir de 20 % ; ce qui n' a pas été observé à 1 ou 2 ans . Il est à noter qu' à 20 % d' accélération du tempo , la médiane des IRI est accélérée de 20 % ( voir Figure 4 ) . Après l' arrêt de la stimulation , le TMS est plus rapide que le TMS initial . Figure 4 . Médiane réduite au cours de la séance « accélération » des enfants entre 1 et 3 ans En ce qui concerne la séance D où la stimulation devenait plus lente que le TMS , comme pour les nouveau -nés , la figure 5 révèle que le ralentissement du rythme de frappe / moteur est difficile à observer , même à 3 ans . On observe tout de même que , pour tout âge confondu , à partir du moment où la stimulation est ralentie de 20 % , le rythme de frappe devient plus lent que celui observé lorsque la stimulation est calquée sur le TMS . Quelle que soit la séance , l' apparition du tempo auditif identique au tempo moteur spontané de l' enfant , a pour effet d' accélérer le rythme de frappe . Quelque soit l' âge , lorsque la stimulation auditive devient très différente du TMS ( c' est-à-dire à 35 % , 40 % et 45 % de différence ) le rythme de frappe pendant la séance « accélération » devient significativement différent du rythme de frappe obtenu lors de la séance « décélération » . Après l' arrêt de la stimulation auditive , le TMS est différent du TMS initial chez les enfants de 3 ans qui ont modifié leur rythme de frappe . Figure 5 . Médiane réduite au cours de la séance « Décélération » des enfants entre 1 et 3 ans 4 DISCUSSION GÉNÉRALE L' ensemble de ces résultats montre que le tempo spontané existe dès la naissance . Le nourrisson possède donc une période de référence stable ayant des caractéristiques comparables à la période de référence de l' enfant plus âgé , voire de l' adulte , notre première hypothèse est donc confirmée . Cette période de référence ne ralentit pas avec l' âge , au moins jusqu'à 5 ans . L' hypothèse d' un ralentissement de la période de référence n' est pas mise en évidence entre la naissance et l' âge de 4 ans ( Figure 6 ) . Cependant , elle l' est si on étend les données à celles de l' adulte et de la personne âgée . Figure 6 . Evolution du Tempo Moteur Spontané de la naissance à 4 , 5 ans Nous avons montré que les jeunes enfants sont capables d' adapter leur réponse motrice , succion ou frappe manuelle , à un tempo externe s' il est plus rapide que leur propre tempo . Notre deuxième hypothèse est donc confirmée : le traitement temporel existe , dès la naissance et il est fonctionnel dès le plus jeune âge . Par contre , le ralentissement d' un comportement moteur est difficile à obtenir quel que soit l' âge de l' enfant . Les résultats , concernant aussi bien la succion que les frappes manuelles , montrent que le tempo moteur devient plus variable quand l' enfant doit ralentir son rythme spontané que lorsqu' il doit l' accélérer . usage limité du Forum et de la fonction «  commentaire  » dans le Journal de Bord ( JDB ) , usage presque exclusif de la Boite à Crier ( BAC ) pour effectuer des échanges très courts . Les enfants sont sensibles aux indices temporels de leur environnement même s' ils n' arrivent pas à ralentir leur comportement . Toujours concernant nos 2 types d' activités motrices , le fait que le TMS des enfants , après la phase de synchronisation , soit différent du TMS initial observé avant la phase de synchronisation prouve que la période de référence est modifiée par la stimulation auditive . Notre cinquième hypothèse est donc également validée . Cette modification perdure après l' arrêt de la stimulation plus rapide que le tempo initial , ce qui n' est pas le cas lorsque la stimulation devient plus lente . Le système de traitement temporel pourrait donc être accéléré plus facilement que ralentit . On peut penser que cette différence peut être due , au fait que l' enfant a plus de mal à focaliser son attention sur des niveaux hiérarchiques plus lents . Cette dissymétrie dans le traitement temporel et plus largement dans les comportements nécessiterait des études spécifiques . Nos recherches prouvent donc que , dès la naissance , le jeune enfant peut modifier la structure temporelle de son activité motrice pour interagir avec son environnement . Cette aptitude , dès la naissance , est fondamentale pour le développement cognitif de l' individu . 5 BIBLIOGRAPHIE Bobin-Bègue , A . , & Provasi , J. ( 2005 ) . Tempo discrimination in 3 - and 4- years-old children : performances and threshold . Current Psychology Letters , 16 ( 2 ) . 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