unine08a11m

Corpus:
OFROM (O)
Nom de fichier:
unine08a11m
Contact:
Mathieu Avanzi, Marie-José Béguelin, Frederica Diémoz
Résumé:
récit de vie
Date d'enregistrement:
05/04/2008
Durée d'enregistrement:
00:19:28
Nature du signal:
audio
Qualité du son:
environnement peu bruité
Anonymization status (recording):
script Daniel Hirst
Niveaux d'annotation:
Annotation automatique
Identifiant:
unine08-eba, unine08-ebb
Âge:
inconnu, inconnu
Sexe:
F, F
Profession:
maître céramiste, inconnu
Niveau d'études:
lycée, inconnu
Lieu de naissance:
Suisse, Küsnacht, inconnu
Statut de l'annotation:
automatique
Type:
narration
Secteur:
privé
Milieu:
amical
Modalité:
oral
Nombre de locuteurs:
2
Situation de l'enregistrement:
face_à_face
Sample address:
/annis-sample/ofrom/unine08a11m.html
Texte:
alors j' habite ici à c' est un village dans le canton du Jura mais mes origines ils sont en Suisse allemande alors je suis née à et puis j' ai grandi dans une famille avec deux frères et deux soeurs j' étais la deuxième puis j' ai passé toute mon enfance dans le même village et puis j' ai j' ai fait ma scolarité là-bas l' école primaire l' école secondaire et puis j' avais toujours le désir de de faire un métier artisanal puis mes parents ils étaient pas très enchantés et puis ils ont essayé de me dévier avec la musique et puis j' ai commencé et puis après c' était l' école de commerce puis j' ai fait trois ans puis j' ai fait mon diplôme et puis j' ai décidé que j' ai fait ce que les autres voulaient de moi et puis puis j' ai dit maintenant c' est le moment de faire ce que moi je veux et puis je me suis cherchée une place d' apprentissage et puis j' ai comme ça que j' ai atterri à et puis j' ai appris le métier d' un potier ou bien d' une potière plutôt chez un vieux potier du qui était ici au village et puis j' ai fait mon apprentissage pendant trois ans et puis c' était la première fois que j' ai vécu en Romandie malgré que j' avais six ans de d' école avec des leçons de français derrière moi c' était pas évident on était un peu amputé pour faire des commissions ou pour aussi pour nouer des contacts et puis euh l' école professionnelle elle était à l' école professionnelle elle passait elle se passait en fr- amorce en allemand et puis pour avoir du contact au village ai je me suis joignée au à un groupe de jeunes qui faisait un peu de gym mais comme je parlais mal le français j' ai jamais compris si la semaine prochaine il y a de la gym ou il y en a pas alors j' en ai m- amorce loupé pas mal et puis je me suis joignée à la chorale à la parce que j' aimais bien la musique j' aimais bien euh chanter et puis là pour finir je en chantant j' ai appris un vocabulaire et puis j' ai eu des contacts avec certaines personnes où on on on parlait ensemble puis c' est un peu comme ça que j' ai amélioré mon vocabulaire et puis après trois ans d' apprentissage j' ai quitté le Jura pour reprendre euh le campagnonage et puis j' ai commencé à c' était pas évident de trouver des places parce que c' est un métier qui se perd et puis c' est tout des petites entreprises à deux trois personnes alors il restait peu de manufactures où ils embauchaient des des potiers et puis un potier qui a une place normalement il lâche pas alors j' ai eu la chance de pouvoir commencer à où j' ai fait quand même euh une bonne année avec des interruptions parce que j' ai fait des s- amorce des séjours en Provence et puis au Tessin et puis après j' ai j' ai continué pour partir au sud de la France et puis depuis là après je suis partie après en en Bavière où j' ai fait une école supérieure pour pendant deux ans puis où j' ai fait une maîtrise de céramiste et puis euh j' étais de nouveau dans la langue allemande mais dans le bavarois c' était plus évident que le français mais pas évident non plus pour un Suisse allemand parce que c' est aussi une langue à part mais c' était sympa et puis entre temps ben à où j' ai avais appris il y avait euh un potier qui venait de plus en plus vieux et puis qui pensait à sa retraite et puis il y a une fondation qui était justement fondée par ce potier pour le maintien et puis la mise en valeur de ce métier puis de cette tradition ancestrale et puis comme il y avait des personnes dans la région de qui se rappelaient de moi ils m' ont contactée pendant ma maîtrise pour voir si je serais d' accord de revenir au village pour euh assurer la la relève et puis euh comme je suis un peu gitane sur les bords s- amorce ça me dérangeait pas de revenir au Jura ou d' aller ailleurs et puis après avoir fait mon diplôme de de maître céramiste j' ai je suis revenue à puis je me suis installée et puis j' ai créé ma propre entreprise et puis ben ça fait entre temps dix-neuf ans de ça que que je suis revenue puis que je je travaille à mon compte cette fondation entre temps elle a réussi à aussi mettre en valeur les le métier par la création du musée qui a maintenant quatre ans ouais je pense ou cinq je sais même pas et puis euh entre temps je suis présidente de la fondation et responsable pour tout ce qui est céramique il y a un président de finances il y a un président de de relations publiques on est une quinzaine de de personnes qui s' en occupent de de ça et puis on a un cercle d' amis du musée pour faire vivre ça puis pourquoi un musée un musée parce que cette tradition à elle est très très vieille et puis c' est ce métier de potier qui a permis au village de d' être florissant à une certaine époque parce que sur le territoire suisse était les le seule village qui pouvait fabriquer de la de la vaisselle culinaire pour cuisiner dedans parce que la matière première des lieux elle permettait ça alors ils pouvaient se permettre de de travailler un peu comme ils voulaient parce que tout le monde avait besoin d' un côté c' était un énorme avantage et puis d' autre côté c' était euh aussi le je trouve pas le mot c' était aussi le c' était fatal parce que ils avaient aucun effort à faire et puis ça marchait puis quand il y avait la concurrence d' autres matières euh ben le potier il avait toujours moins à faire et puis c' était le déclin et puis euh alors entre temps je suis restée la seule ou je suis de nouveau la première comme on veut le voir et puis c' est devenu euh un objet de de luxe quelque chose qui était tout à fait euh courant et puis ordinaire et puis justement au musée maintenant on met en valeur cette tradition et puis cette manière de faire et puis l' histoire de de ces familles potiers et puis on essaye de oui de la mettre en valeur et puis de dire que ça existait puis que ça existe toujours puis voilà j' ai fait le tour du monde et puis on est à la moitié et puis voilà entre temps j' ai appris le français j' ai j' ai fait un cours d' espagnol à l' uni populaire à et puis ça passait par le français alors en même temps d' apprendre l' espagnol j' ai aussi appris un vocabulaire français ça m' a beaucoup aidée mais c' était pas évident parce que au lieu d' apprendre une langue j' en ai appris deux et puis pour la parler je trouve ça va pas trop mal mais pour écrire c' est pas évident parce que il y a la la grammaire elle est elle est compliquée je trouve et puis il y a beaucoup d' essais d' exceptions et puis quand on est à l' école secondaire euh ben on met pas autant d' importance à peut-être à ça parce qu' on a d' autres projets de vie et puis qu' on est parachuté dans une autre euh région languis- amorce linguistique euh peut-être on on serait content d' avoir prêté plus attention à à l' école secondaire mais j' ai toujours des bonnes âmes qui me relisent les textes ou bien qui qui me font un texte si nécessaire qui me le corrigent et puis euh je trouve sympa qu' on peut parler avec des gens d' autres régions puis d' autres langues puis qu' on a que c' est pas une barrière et puis je dis toujours si l' autre il parle autant l' allemand que moi je parle le français on s' entend bien et puis voilà puis peut-être tu pourrais me parler de de la tradition justement qu' il y a i amorce eu ici autour du village au niveau de la de la de l' utilisation de la terre comment ils ont utilisé qu' est-ce qu' ils ont fait avec ouais ben oui c' est un gisement un gisement qui est grand qui est énorme qui est unique à quand on part déjà du du côté de on sort du village c' est déjà autre chose que que dans le village même alors pour tout ce qui était vaisselle à cuisiner le fameux caquelon il est il est né à c' était la casserole tout court pour tout hein voilà et puis quelque part c' est le seul euh le seul objet qui a gardé sa matière et puis la tradition de rassembler les jours les gens autour du feu puis manger de la même écuelle euh s- amorce alors le caquelon c' était la casserole tout court et puis euh au début comme tout était cuit sur le les braises normalement c' était tout des tripodes c' était tout des objets avec trois pieds qu' on pouvait placer sur les braises et puis ils se renversaient pas avec le l' évolution des matières et puis de de la technologie on a eu des potagers en à bois certainement mais déjà des potagers au dix-huitième siècle et puis on pouvait mettre d' autres casseroles dessus des tôles émaillées ou bien de en métal en en et puis ben la tradition et elle s' est perdue comme ça de de la vaisselle à cuire la vaisselle pour pour manger des assiettes ou des gobelets ou des cruches on en a toujours fabriqué mais plus dans les mêmes dans les mêmes dimensions plus dans les mêmes quantités et puis c' était des p- amorce des paysans avec quelques vaches et puis un petit peu de terrain qui surtout en hiver ont fabriqué de la poterie et puis ils avaient des fours communs on on cuisait et puis c' était des jeunes et puis des des dames qui allaient colporter le marché c' était le colportage et puis chaque village savait à peu près à quel moment arrive le potier puis ce qui était cassé durant l' année on a racheté une écuelle ou bien on a racheté un bol à pâtes ou bien une assiette et puis la dernière colporteuse elle est elle a arrêté dans les années de mille neuf cent cinquante et puis c' est clair au début c' était des colporteurs de vaisselle et puis pour finir ils ont colporté plusieurs choses en en même temps et puis le dernier potier qui existait monsieur il est arrivé ici en mille neuf cent cinquante si je me trompe pas et puis ben c' est que dans les années s- amorce mille neuf cent septante qu' il a changé de la vaisselle utilitaire à la à ou bien de la céramique utilitaire à la céramique artisanale si tu veux avant c' était la cafetière brune et puis l' assiette brute et puis et puis dans les années septante euh mille neuf cents il a commencé à les décorer et puis que c' était vraiment plus artisanal que et puis décoratif et puis c' est c' est à ce moment-là que ça évolué un petit peu dans le domaine de la vaisselle parce que c' est clair on aime les couleurs on aime les les goûts ont changé les les habitudes ont changé puis euh il faut s' adapter à ça on avait une tuilerie aussi à elle a brûlé pour la dernière fois en mille neuf cent dix-neuf on n' a plus reconstruit mais presque chaque village avait une tuilerie parce qu' on ne transportait pas ces marchandises on les produisait sur place alors il y a encore des toits de de beaucoup de maisons qui sont couverts avec ces tuiles qui ont bientôt cent ans aujourd' hui on a une garantie de dix ans sur des tuiles et puis on avait la fabrique de catelles aussi qui était f amorce fondée dans les années quarante si je me trompe pas et puis qui a duré jusqu' à mille neuf cent nonante-neuf deux mille qu' elle a aussi dû fermer les portes elle a subi un peu le même sort que les potiers artisanals qui se sont reposés sur leur renommée et puis ils ont pas vu que le les temps ils changent et puis que ça évolue puis quand ils ont réalisé puis ils ont réagi c' était trop tard parce que le marché était saturé puis leurs produits étaient trop chers puis ils avaient plus les moyens de de se mettre dans le marché avec les nouveaux produits ce qui est quelque part triste pour le village pour les emplois mais euh c' est le sort apparemment de notre temps qui évolue très vite et puis qui qui laisse pas la place au rêve malheureusement dans justement dans ces dans ces fabriques ils utilisaient la terre du village ces fabriques étaient là parce qu' ils exploitaient les les terres de mais quand la la fabrique de catelles elle a commencé elle a pris la terre d' ici et puis c' était une production vraiment artisanale à tout fait à la main et puis des produits très épais des fours qui cuisaient très long des périodes de séchage énormes mais un produit increvable et puis pour tenir avec la concurrence il fallait améliorer la production il fallait travailler plus vite plus fin plus plus technique et puis la matière première du village elle suivait pas alors il fallait aller acheter de la terre en France et puis en en Allemagne et puis transporter la la terre c' est quelque chose de qui coûte très très cher pour euh une matière qui est quasiment gratuite qui coûte pas cher alors déjà comme ça la matière première leur coûtait très cher par le transport et puis ils ils ont cherché avec une matière étrangère de faire un produit ressemblant à la terre d' ici et puis ils avaient aussi beaucoup de mal d' y arriver c' est tout tout le système qui qui coûtait très très cher quoi je dois dire que moi-même je travaille plus la terre de non plus seulement pour euh le plaisir comme ça des pièces euh pot à fleur ou de comme ça pour le plaisir mais la production courante de mon atelier elle se fait aussi avec une terre qui vient de Suisse centrale pas parce que moi je viens de là mais parce que j' ai trouvé une matière qui me convient puis qui correspond bien à ce qu' on a toujours travaillé à comme couleur comme température comme caractère parce que la terre de elle est assez rugueuse et puis elle elle donne un produit assez brut ou rupestre euh au prix que ça coûte à la fin et puis on peu pas se permettre et puis on peut pas exister comme ça puis c' est pour ça que j' ai dû trouver une autre euh une autre solution et puis mon atelier il est il est petit et puis il il fonctionne quasiment sur des pièces uniques et puis si on veut quelque chose il faut venir chez moi parce que je fournis pas de boutique je fournis pas de magasin alors mais ju- amorce justement je fabrique ce que les gens ne trouvent pas ailleurs et puis je j' essaye de de faire ce que je peux pour que les gens y trouvent leur bonheur et puis le moi le mien hein et puis je fais des expos des expos thématiques et puis toujours des thèmes un peu symboliques qui m' inspirent et puis qui me font avancer qui qui me permettent justement d' évoluer puis de pas louper la marche pour euh pour pour crocher euh à l' évolution du temps et puis des des coutumes et puis des habitudes oui justement tu pourrais nous donner tu pourrais me donner quelques exemples de tes thèmes de quelques exemples de thèmes euh ben la première c' était clair c' était l' ouverture de de mon mon entreprise ou bien de mon atelier et puis après il y avait trois générations parce que j' ai invité un un potier qui était plus âgé que moi et puis une qui était beaucoup plus jeune que moi alors on les trois on a fait des des des pièces et puis après j' ai invité une tisserande c' était la cuisine et la table et puis j' ai invité une bijoutière une orfèvre et puis c' était le contraste ah ben il y a un souffleur de verre qui était avec j' ai fait une exposition sur les quatre éléments j' ai invité un forgeron parce que on utilise les mêmes éléments mais pas pour la même chose je et puis j' ai invité un peintre c' était de la tête aux pieds parce que un vase il a des lèvres il a un cou il a des épaules il a un ventre et il est comme un être humain euh j' ai travaillé avec un artiste peintre euh et puis on a transformé des tableaux en terre bien ou des terres en tableau et puis j' ai fait un ange qui passe j' ai fait et pourtant elle tourne la terre du potier sur le tour mais la terre naturellement aussi j' ai fait euh les contes et les fables j' ai fait l' arche de Noé j' ai fait autour de l' animal j' ai fait la ferme l' année passée c' était avec un bec c' était sympa parce que les gens ils savaient pas trop à quoi s' attendre et puis il y a deux jours j' ai trouvé le thème pour cette année mais je le dis pas voilà on est à dix-neuf vingt-et-un c' est bien tu l' effaces pas hein